LOU SARMOUNEY / LE JHACASSOUS

  • Accueil
  • > ACTUALITATS
  • > Discors prononçat au memoriau deu camp de Soge (Martinhàs) lo 25 d’octòbre 2015

1 novembre 2015

Discors prononçat au memoriau deu camp de Soge (Martinhàs) lo 25 d’octòbre 2015

Classé dans : ACTUALITATS,Gravas,Istòria — Lo Sarmoneir @ 22 h 03 min

Discors prononçat au memoriau deu camp de Soge (Martinhàs) lo 25 d’octòbre 2015. 

La version gascona seguís.

Transmetut per Bruno BALLOUX.

Mesdames, Messieurs, Chers Amis, Chers Camarades,

(…)

Il est des moments où l’actualité interpelle fortement le travail de mémoire. Cette année 2015 est un de ces moments. Rappelons-nous, début janvier, les attaques contre le journal Charlie Hebdo à Paris, contre le magasin Hyper Casher Porte de Vincennes, et de la fusillade volontaire de journalistes, de policiers, de juifs, ainsi que d’autres personnes, dont un Arabe, qui travaillaient dans les lieux attaqués.

Nous savons combien sont déjà morts pour défendre des idées, des êtres humains avec leurs différences, pour nous engager résolument pour la tolérance, pour les valeurs républicaines, pour le mieux-être de tous, contre la xénophobie, le racisme, l’antisémitisme, contre tout  intégrisme.

C’est ce contexte, caractérisé également par la montée des extrêmes-droites en Europe notamment, qui nous conduit à évoquer encore une fois toutes les victimes fusillées dans cette enceinte, avec cette année un regard particulier sur ceux d’entre eux qui étaient étrangers.

Le premier des fusillés est Israël Karp. Le 24 août 1940, au passage de la garde d’honneur allemande allant hisser le drapeau, il « se précipite en brandissant  un bâton contre le tambour-major et les musiciens militaires » selon le stadtkommandant. Des témoins, eux, n’ont vu qu’un homme brandissant le poing. Qui était-il ? Il semble qu’il soit né en Pologne. Il aurait participé à la guerre 14-18 dans les rangs français. Pouvait-il être l’un des marchands ambulants qui, avant la guerre, s’installaient à l’entrée du camp militaire de Souge ? Etait-il ce colporteur vivant en Belgique depuis 1922 et qui aurait fui devant l’avance allemande ?

Français ? Etranger ? Peu importe. Nous ne sommes pas certains de tout, mais, sur la base de l’acte de naissance ou de fiches de police, 27 des 256 fusillés étaient considérés comme étrangers, soit 11 % à peu près : 9 Espagnols, 6 Soviétiques, 4 Italiens, 2 Polonais, 2 Allemands, 1 Roumain, 1 Hongrois, 1 Haïtien et 1 d’origine inconnue.

S’agissant des Espagnols (José Figueras, les frères Robert et Denis Garcia, Vincent Gonzalez, Jacques Palacin, Jean Rodriguez, Joseph Uschera, Lucien Vallina, Leandro Vigil), beaucoup sont venus après la guerre civile où ils avaient déjà combattu le fascisme de Franco. C’étaient des combattants de la liberté confirmés, ils ont continué ici, naturellement. D’autres étaient là depuis plus longtemps, ayant fui la misère des guerres économiques. Certains sont retournés en Espagne combattre pour la république et revenus en France pour poursuivre le combat, comme Lucien Vallina.

Sur les 6 Soviétiques, il reste beaucoup d’interrogations sur leurs noms, leurs lieux de naissance. Incorporés dans l’armée allemande, ils sont envoyés la renforcer à Soulac. Après guerre, le rapport établi par le chef de bataillon Cadalen révèle que c’étaient des agents travaillant contre l’Allemagne, décidés à éliminer les sous-officiers de son armée. Dénoncés, ils ont été condamnés à mort ; 4 furent fusillés à Soulac et 6 autres ici, le 9 mai 1944.

Comme les Espagnols, les Italiens étaient là soit depuis longtemps, ayant fui la misère, soit après avoir combattu le fascisme mussolinien. Ils ont poursuivi leur combat avec le peuple français, au sein des Francs-Tireurs Partisans Main d’œuvre Immigrée pour trois d’entre eux (Guisto Carione, Giuseppe Montanari et Werter Saielli), au sein de l’Armée secrète pour Emilio Perrin.

Le deuxième fusillé polonais (Stanislas Ryps) a été arrêté en essayant de faire passer en Espagne un aviateur anglais tombé dans les Côtes-du-Nord.

Le 13 octobre 1944, place du Capitole à Toulouse, les autorités et une foule considérable ont rendu hommage au résistant du Mouvement national de Libération, Nadler Litman, né en Roumanie, étudiant en médecine et appelé docteur Madeleine.

Réfugié de Strasbourg, un Hongrois (Martin Wittemberg) sera fusillé après avoir été arrêté dans un village martyr de Dordogne, Saint-Michel-de-Double, comme Eugène Strauss, Alsacien né en Allemagne. Ils font partie, avec Jean-Michel Fortinsky dont nous ne connaissons pas le lieu de naissance, des 7 israélites sacrifiés et identifiés comme tels sur les listes de fusillades.

Il était né à Haïti, Loulou (Louis Rochemont), dont la femme tenait un commerce à Bègles. Syndicaliste à la CGTU, il vend L’Humanité ; le directeur de la CENPA le confirme à la police de Vichy : « À aucun prix je ne le reprendrais dans mon usine », « il professait des opinions communistes ». Il est fusillé comme otage le 24 octobre 1941.

Enfin Alphonse Fellman, né à Fribourg et réfugié dans le Médoc, appartenant au maquis de Vignes Oudides, sera fusillé à 21 ans le 1er août 1944.

Ainsi, gaullistes, socialistes, juifs, communistes, chrétiens, sans engagement particulier, ces combattants antifascistes, étrangers, ont contribué à redonner sa liberté à notre pays.

La liberté et plus, car grâce à leur sacrifice, la société sera aussi plus humaine et pourra, par exemple, mettre en œuvre le programme du Comité national de la Résistance, la Sécurité sociale, dont nous fêtons cette année le 70e anniversaire. Pouvoir se soigner suivant ses besoins, payer suivant ses moyens, cet acquis de la Libération, c’est aussi un résultat de leur engagement.

Les fusillés de Souge furent donc à l’image de ce que fut la résistance dans toute sa diversité, à l’image de la France. Des femmes et des hommes, refusant la haine et la barbarie, relevant la tête pour construire un autre avenir à notre pays.

Depuis l’automne 1944, année après année, des hommes et des femmes viennent rendre hommage aux fusillés. Cet hommage n’est pas seulement celui à des morts même si c’est important. C’est un hommage à leur combat, à une idée du genre humain, à une certaine idée de la France.

La France a été une terre d’asile pour des générations d’immigrés poussés par la misère, les guerres. Notre pays est riche des migrations successives qui font notre peuple tel qu’il est aujourd’hui.

Pour terminer, après beaucoup d’hésitations, je vais vous faire part de souvenirs personnels. Pour une association mémorielle, quoi de plus normal après tout.

Après l’arrestation de mon grand-père, ma grand-mère et ma mère allaient chaque semaine au fort du Hâ où il était incarcéré. Elles lui amenaient des vêtements propres.

Elles essayaient de le voir, d’avoir des nouvelles. En fait de nouvelles, elles recevaient, en échange du linge propre, le linge de la semaine écoulée.

Mon grand-père était, tous les 2 ou 3 jours, extrait de sa cellule pour être interrogé par le commissaire Poinsot et ses sbires. Etre torturé pour parler clair. Et le linge de la semaine était déchiré, maculé de sang et de pus. Ceci jusqu’à ce qu’il soit transféré à Mérignac, puis venir ici et y être fusillé.

Une semaine, dans les plis du linge, ma grand-mère a trouvé un message griffonné : « Sauve-toi. Ils veulent te déporter. »

En effet, vous avez vu la stèle, en passant : les Allemands déportaient les femmes de fusillés, beaucoup y sont mortes. Les enfants étaient dispersés.

Aussi, ayant lu ce message, ma grand-mère, 30 ans, a pris ses enfants par la main et a gagné la zone libre vers Bazas. À pied, sans le sou. Ils étaient affamés, dormaient dehors. L’armée allemande les a repoussés une fois. Ils ont fini par passer. Ma mère, 10 ans à l’époque, avait de la fièvre. Le pharmacien a refusé de donner les médicaments, même en échange de la bague de ma grand-mère.

Lorsque je vois des enfants, des femmes, des hommes à nos frontières, je me dis que c’est nous hier. Il n’y avait pas de mer à traverser.

Les fusillés sont morts pour la liberté, certes, mais aussi pour un monde plus humain, plus fraternel, un monde de paix.

Soyons dignes d’eux. Merci.

***

Mesdamas, Mossurs, Shèrs Amics, Shèrs Camaradas,

 

 

(…)

 

Son de moments ont l’actualitat interpèla fòrtament lo trabalh de memòria. Aquesta annada 2015 n’en es. Rapelam-nos, debut genvèir, les atacas contra lo jornau Charlie Hebdo a París, contra lo magasin Hyper Casher Porte de Vincennes, e de la fesilhada volentària de jornalistas, de policièrs, de judius amèi d’autas gents dont un Arabe, que trabalhèvan dens los lòcs atacats.

Sàbem combien son dejà mòrts per defénder idèias, èstes umans demb lurs diferéncias, per nos engatjar resoludament per la tolerància, per les valors republicanas, per lo milhor-èster de tots, contra la xenofobia, lo racisme, l’antisemitisme, contra tot integrisme.

‘Quò’s aqueth contèxte, caracterisat tanben per la montada de les extrèmas-dretas en Euròpa entr’auts, que nos menha ad evocar encara un còp totas les victimas fesilhadas sus ‘queth airiau, demb engan un regard particulièr sus los qu’entremitan eths èran estrangèirs.

Lo prumèir deus fesilhats es Israël Karp. Lo 24 d’aost 1940, au passatge de la garda d’aunor alemanda anant mastar lo drapèu, se « ronça en brandissent un barròt contra lo tambor-major e los musicians militaris » sivant lo stadtkommandant. De temonhs, eths, viren sonqu’un òme parant lo punh. Qui èra  aqueth ? Sembla qu’èsti neishut en Polonha. Auré participat a la guèrra 14-18 dens les rengas francesas. Es que podèva èster un deus marshands ambulants qu’avant la guèrra s’installèvan a l’entrada deu camp militari de Soge ? Èra aqueth shinaire vivent en Belgica desempui 1922 e qu’auré hujut davant l’avança alemanda ?

Francés ? Estrangèir ? ‘Quò rai. Som pas certèns de tot, mès, sus la basa de l’acte de neishença o de fishas de polícia, 27 deus 256 fesilhats èran considerats coma estrangèirs, sii 11 % a pus près : 9 Espanhòus, 6 Sovietics, 4 Italians, 2 Polonés, 2 Alemands, 1 Romanés, 1 Ongrés, 1 Aïcian e 1 d’origina inconeishuda.

Per çò qu’es deus Espanhòus (José Figueras, los frairs Robert e Denis Garcia, Vincent Gonzalez, Jacques Palacin, Jean Rodriguez, Joseph Uschera, Lucien Vallina, Leandro Vigil), bien vinguren après la guèrra civila ont avèvan dejà combatut lo fascisme de Franco. Èran de combatents de la libertat confirmats, contunhèren achí, au solide. D’auts èran aquí de pus longtemps avant, augent hujut la misèra de les guèrras economicas. N’i’n a que tornèren en Espanha combàter per la republica e que s’entornèren en França per perseguir lo combat, coma Lucien Vallina.

Suus 6 Sovietics, damòra bien d’interrogacions sus lurs noms, lurs lòcs de neishença. Incorporats dens l’armada alemanda, son enviats per la renforçar a Solac. Après la guèrra, lo rapòrt establit per lo cap de batalhon Cadalen revèla qu’èran d’agents trabalhant contra l’Alemanha, decidats ad eliminar los sos-oficièrs de son armada. Desnonciats, esturen condamnats a mòrt ; 4 esturen fesilhats a Solac e 6 auts achí, lo 9 de mai 1944.

Coma los Espanhòus, los Italians èran aquí sii dempui pausa, augent hujut la misèra, sii après auger combatut lo fascisme mussolinian. Perseguiren lur combat demb lo pòple francés, dens los Francs-Tireurs Partisans Main d’oeuvre Immigrée per tres d’entr’eths (Guisto Carione, Giuseppe Montanari e Werter Saielli), dens l’Armada secreta per Emilio Perrin.

Lo dusième fesilhat polonés (Stanislas Ryps) estut arrestat en assajant d’hèser passar en Espanha un aviator anglés tombat dens les Côtes-du-Nord.

Lo 13 d’octòbre 1944, plaça del Capitòli a Tolosa, les autoritats e un monde fòrt important renduren aumatge au resistent deu Movement nacionau de Liberacion, Nadler Litman, neishut en Romania, estudiant en medecina e aperat doctor Madeleine.

Refugiat d’Estrasborg, un Ongrés (Martin Wittemberg) serà fesilhat après estar estat arrestat dens un vilatge martir de Dordonha, Sent Miquèu de Dobla, coma Eugène Strauss, Alsacian neishut en Alemanha. Hèsen partida, demb Jean-Michel Fortinsky dont sàbem pas lo lòc de neishença, deus 7 israëlitas sacrificats e identificats coma taus sus les listas de fesilhadas.

Èra neishut en Aïti, Loulou (Louis Rochemont), dont l’esposa tenèva un comèrce a Bèglas. Sindicalista a la CGTU, vend L’Humanité ; lo director de la CENPA ec confirma a la polícia de Vichèi : « A nat prètz lo tornarí préner dens ma fabrica »,« professèva de les aupinions comunistas ». Es fesilhat coma otatge lo 24 d’octòbre 1941.

Enfin Alphonse Fellman, neishut a Friborg e refugiat dens lo Medòc, apartenent au maquís de Vinhas Hodidas*, serà fesilhat a 21 ans lo 1èir d’aost.

Antau, gaulistas, socialistas, judius, comunistas, crestians, shens engatjament particulièr, aqueths combatents antifascistas, estrangèirs, contribuèren a tornar balhar sa libertat a nòste país.

La libertat e mèi, perque graça a lur sacrifice, la societat serà tanben pus umana e poirà, per exemple, aviar lo programa deu Comitat nacionau de la Resisténcia, la Securitat sociala, dont hestéjam engan lo 70e anniversari. Poder se sonhar sivant sos besonhs, pagar sivant sos moièns, aqueth aquist de la Liberacion es tanben un resultat de lur engatjament.

Los fesilhats de Soge esturen donc a l’imatge de çò qu’estut la resisténcia dens tota sa diversitat, a l’imatge de la França. De hemnas e d’òmes, desgitant la dèrnha e la barbaria, requilhant lo cap per bastir un aut avenir a nòste país.

Desempui l’autòne de 1944, annada après annada, d’òmes e de hemnas vènen rénder aumatge aus fesilhas. Aqueth aumatge es pas solament lo a de mòrts mème se ‘quò’s important. Aquò’s un aumatge a lur combat, ad una irèia deu genre uman, ad una certèna irèia de la França.

La França es estada una tèrra d’aculh per de generacions d’immigrats possats per la raquèra, les guèrras. Nòste país es rishe de les migracions successivas qu’hèsen nòste pòple tau coma es anuit.

Per acabar, après bien d’esitacions, vau vos hèser part de sovenirs personaus. Per una associacion memoriala, qué de pus normau après tot.

Après l’arrestacion de mon grand-pair, ma grand-mair e ma mair anèvan cada setmana au fòrt deu Har ont èra incarcerat. Li portèvan de vestits nets.

Assagèvan de lo véser, d’auger de novèras. En fèit de novèras, recebèvan, en esçange deu linge net, lo linge de la setmana passada.

Mon grand-pair èra, cada 2 o 3 jorns, tirat de sa cellula per èster interrojat per lo comissari Poinsot e sos varsalièrs. Èster torturat per parlar clar. E lo linge de la setmana èra esbrifat, trulhat de sang e de postèma. Aquò dinc a qu’estussi transferat a Merinhac, pui achí pr’i èster fesilhat.

Una setmana, capvath los plecs deu linge, ma grand-mair trobèt un messatge grifolhat : « Sauva-te. Vòlen te desportar. »

En efèit, atz vist l’estèla a la passada : los Alemands desportèvan les fimèlas de fesilhats, bèth-arremat s’i moriren. Los mainatges èran esbarjats.

Atau, augent lugit aqueth messatge, ma grand-mair, 30 ans, prengut sos dròlles per la man e junhut la zòna libra devèrs a Vasats. A pè, shens un quite ardit. Èran ahamiats, dromèvan duhòra. L’armada alemanda los repossèt un còp. Feniren per passar. Ma mair, 10 ans a l’epòca, avèva fièbra. Lo farmacian refusèt de balhar les potingas, mème en esçange deu quite anèth de ma grand-mair.

Quòra vesi de dròlles, de hemnas, d’òmes a nòstas termièras, me disi qu’èram nosauts gèir. I avèva pas de mar a traversar.

Los fesilhats moriren per la libertat, òc-ben de vrai, mès tanben per un monde pus uman, pus fraternau, un monde de patz.

Èstim dignes d’eths. Mercís.

 

* Gascon medoquin/bordalés : hodir = bêcher, labourer, etc.

2 réponses à “Discors prononçat au memoriau deu camp de Soge (Martinhàs) lo 25 d’octòbre 2015”

  1. Lydie dit :

    « Los fesilhats moriren per la libertat, òc-ben de vrai, mès tanben per un monde pus uman, pus fraternau, un monde de patz » ?
    L’humanité ? La fraternité ? La paix ?
    Il faut croire qu’ils ont failli, malgré leur bonne volonté…
    Et l’injustice demeure, ancrée…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

 

Luxeetvolupte |
Actuel |
Newyorkcity2012 |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Insidelayers
| Lanouvelleperspective
| love star